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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 12:30

 

 

Un très grand plaisir de lecture, dans un moment de découragement.
Tout le monde connaît, du moins je l’imagine, un moment où tous les livres perdent leur saveur.

Je me réfugie alors dans la lecture des blogs et je partage vos passions mais de loin sans complètement y croire.
Or voilà un petit bijou dont j’aimerais vous parler.
Un intellectuel japonais est tombé follement amoureux de la langue française.
Il raconte son périple et ses joies.
Moi qui, dans une autre vie, ai enseigné à des étudiants étrangers, j’ai retrouvé avec émotion les efforts et les joies que représentent le passage d’une langue à une autre.
Akira Mizubayashi avec la délicatesse japonaise adopte peu à peu la culture française, évidemment , la Française que je suis, se sent fière et un peu étonne d’un tel amour pour Jean-Jacques Rousseau. Sa sensibilité à l’oralité passe aussi par la musique et là surprise c’est à  Mozart qu’il doit l’éducation de son oreille.

Ses pages sur le personnage de Suzanne dans Les noces de Figaro m’ont rappelé de très bons moments de mes études universitaires : lorsqu’un enseignant savait au détour d’une explication nous faire revivre tous les enjeux d’un héros de roman ou d’un personnage de théâtre.

Beaumarchais est un auteur qui ne m’a jamais ennuyé et dont la modernité me surprend aujourd’hui encore. Mozart en fait un chef d’œuvre à l’opéra, on est décidément en bien bonne compagnie avec Akira Mizubayashi !

L’autre moment que je vous recommande, ce sont les pages consacrés à son père.

Il est rare de lire chez les romanciers japonais une critique du régime nationaliste qui a conduit leur pays à mener des guerres impérialistes et racistes  Son père a souffert de ce régime et s’est réfugié dans l’amour de la musique occidentale alors totalement interdite (je ne savais pas qu’à l’époque écouter Beethoven était passible de condamnations).
Il a surtout aimé ses fils et s’est totalement consacré à leur éducation, après avoir lu ce livre vous n’oublierez pas le dévouement de ce père  qui  accompagne son aîné pendant les 14 heures de train qui séparent leur ville natale de Tokyo où résidaient le professeur qui pouvait donner des leçons de violon.

Mais ce qui me ravit dans cet ouvrage c’est l’analyse très fine des différences culturelles qui passent par la langue entre le japonais et le français.
Qui peut croire, par exemple que le « Bonjour messieurs dames », lancé à la cantonade dans un commerce puisse mettre aussi mal à l’aise un Japonais qui y voit une intrusion  insupportable dans la vie privée d’autrui ?

J ai aimé ce livre de bout en bout, ce n’est pas une lecture passionnante mais j’étais bien avec cet homme si délicat qui aime tant notre langue et notre littérature.

 

Citations:

Les raisons qui l’amènent vers la langue française (c’est assez amusant quand on se rappelle des discours des étudiants français de l’époque !)  :

Dans les années 1970, la politique était encore très présente sur les campus universitaires…..Ce qui gênait le jeune homme de dix-huit ans …..c’était le vide des mots : des gauchistes, comme des revenants sur un champ de bataille où gisent des cadavres mutilés, usaient inlassablement de discours politiques stéréotypés à grand renfort de rhétoriques surannée…..

Le français m’est apparu alors comme le seul choix possible, ou plutôt la seule parade face à la langue environnante malmenée jusqu’à l’usure , la langue de l’inflation verbale qui me prenait en otage.

 

L évocation de son père:

Le piano droit Kawai, le livre de Carl Flesh et le magnétophone Sony .. trois objets-témoins, trois objets-souvenirs. Trois objets culturels de valeur monétaire fort inégale. Trois substituts de la présence et de l’attention paternelle. Ils portent en eux le désir et la volonté d’un homme qui s’acharnait à repousser toujours plus loin les limites de son champ d’action, qui faisait l’impossible pour sortir de ses origines, de sa condition première, pour s’arracher à ce qui lui était primitivement et naturellement imposé….

Le français est ma langue paternelle.

 

 

Les différences culturelles :

Saluer des personnes inconnues ? Et oui, cela est fréquent en France ; il suffit de se promener dans les rues de Paris ou de prendre le métro, d’être attentif aux spectacles qui s’offrent ça et là dans les lieux publics. Tandis que dans mon pays, un tel geste, potentiellement créateur de liens est perçu comme une violence inacceptable ou au moins comme une incongruité suspecte.

 

Son amour du français:

La langue d’origine, maternelle, demeure inarrachable. Mon français va donc mourir avant même que ne meure mon corps ? Triste vérité. Mais je me considèrerai comme mort quand je serai mort en français. Car je n’existerai plus alors en tant que ce que j’ai voulu être , ce que je suis devenue de mon propre gré, par ma souveraine décision d’épouser la langue française.

 

On en parle ....

à sauts et à gambades

 

et keisha en 2011!

 

 

 

 

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Published by Luocine - dans Biographie
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commentaires

powered sem 16/05/2014 11:58

Even I am very much craze in learning Multilanguage especially the French language as I have a deep passion towards it. I do think that learning multiple languages is very good for us while on travelling and to know more

luocine 16/05/2014 14:46

Yes, It is
Mon anglais ne me permet que la compréhension mais pas l expression.
Luocine

LSJ 10/08/2013 23:03

... De la littérature japonaise sans tout à fait l'être ! C'est vrai que c'est assez tentant, et intriguant... Tu es un bon ambassadeur pour ce livre, merci Luocine !

luocine 17/08/2013 14:08

ce n'est pas du tout de la littérature japonaise, c'est la description intelligente et passionnante de l'effort du passage d'une langue à l'autre..
coucou petite souris jaune
luocine

jerome 10/08/2013 20:44

Je ne connaissais pas du tout et je suis bien tenté. En plus il y a longtemps que je n'ai pas fréquenté la littérature japonaise.

luocine 17/08/2013 14:07

je me répète ce n'est pas de la littérature japonaise , pas du tout! mai c'est bien quand même!
Luocine

Athalie 10/08/2013 14:58

Moi qui suis peu attirée par la litérature japonaise ( oui, je sais, ce n'est pas bien), voilà un titre qui me donne envie d' en retenter. J'aime beaucoup le sujet, les "choix" qu'incombe une langue et les extraits que tu as choisis, en plus, montrent une approche plutôt amusante. Donc, je note.

luocine 17/08/2013 14:06

il ne s'agit pas de littérature japonaise ; pas du tout , c'est un hymne à la gloire de la langue française
Luocine

Dominique 10/08/2013 09:12

Voilà pour moi le plaisir des blogs, retrouver sous les mots de quelqu'un d'autre tout le plaisir qu'on a pris à la lecture d'un livre
A sa sortie ce livre m'avait intrigué par son sujet, il faut dire que je suis plutôt réfractaire aux langues étrangères, je suis nullissime en anglais, guère mieux en espagnol, seul le chinois avait trouvé grâce à mes yeux par son étrangeté
Un homme qui s'investit à ce point en français m'avait semblé étrange et j'ai été impressionné par cette volonté et ce parcours
On repense à ces écrivains qui change de langue : Conrad, Nabokov, Cioran !!!

luocine 17/08/2013 14:05

après quelques temps d'absence je retrouve avec plaisir mon blog et mes amies blogueuses.
j 'ai lu avec grand intérêt ce témoignage , je crains que la partie universitaire n'intéresse pas tout le monde ;, mais comme cela correspond à la mienne , j'ai bien aimé
Et oui, je susi bien d'accord, le plaisir de se croiser sur les blogs fait partie des joies de ma vie
Luocine

Aifelle 10/08/2013 06:45

Il est dans ma PAL depuis trop longtemps (dédicacé par l'auteur, rencontré au salon du livre d'il y a deux ans).

luocine 17/08/2013 14:01

j 'airais bien aimé rencontrer cet écrivain
tu as d ela chance
lis vite son livre
luocine

luocine 09/08/2013 16:56

oui tu en parles très bien et j'ai souri quand, pour donner envie de lire , tu poses cette question: quelle langue parle-t-il à son chien.
j ai bien aimé ce passage aussi.
Luocine

keisha 09/08/2013 17:23

Il a écrit depuis un livre intitulé Mélodie, le nom de sa chienne, où il raconte sa vie. j'ai moins aimé que Une langue... mais ce n'est pas mal quand même, hein!

keisha 09/08/2013 16:52

J'en ai fait un coup de coeur je crois. Quel beau livre! Ravie qu'il ait éclairé ton été.

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