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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 23:26

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J’avais tellement apprécié « Cœur cousu » que je redoutais un peu de me lancer dans ce roman dont j’entendais tant de bien autour de moi.

C’est un peu paradoxal, mais cette auteur arrive à m’entrainer dans un domaine qui souvent m’est complètement étranger : le mysticisme et les croyances aux forces de l’au-delà.

Et bien, j’avais tort, j’ai adoré « Du domaines des Murmures » et comme toutes les blogueuses avant moi, je ne peux que recommander chaudement la lecture.

Cette femme emmurée qui deviendra  finalement l’écho des hommes de son siècle, alors qu’elle désirait se donner à Dieu et à Lui seul,  est vivante, sensible superbe dans la force de sa jeunesse.

Le roman fait revivre le temps des croisades et les errements de la religion et d’une société fondée sur le seul pouvoir de la force masculine.

Et surtout il offre une tribune à la parole des femmes de cette époque. Que savons-nous d’elles ?

J’ai eu la chance d’entendre Carole Martinez lors d’un café littéraire à Fontenay sous bois.

Elle nous a dit, entre autre, qu’après la lecture de Georges Duby, elle avait pris conscience que les femmes du XII° Siècle n’avaient pratiquement laissé aucun témoignage. Ce grand spécialiste du Moyen-âge parlait  d’elles comme des « ombres ».

 

Loin de n’être qu’un roman historique, cette auteure nous entraîne à travers le personnage d’Esclarmonde , dans une réflexion sur la place de la femme dans les sociétés patriarcales religieuses. C’est aussi une réflexion sur l’engagement absolu de la jeunesse : il y a du Antigone dans cette recluse.

L’intrigue est bien menée et passionnante jusqu’au bout le style est très agréable : C’est celui d’une conteuse qui séduit ses lecteurs car il crée une atmosphère.

Carole Martinez a beaucoup de talent et encore bien des histoires à raconter, le soir du café littéraire on la sentait habitée par ses personnages et prête à les faire revivre devant un auditoire complètement médusé.

 

Citations :

Tandis que nous avancions, j'attendais que la pluie vînt balayer ma peur, mais l'orage restait sec et seuls les éclairs veinaient mon horizon d'ardoise.

 

L'enfantement n'est pas  seulement une torture physique, mais une peur attachée comme une pierre à une joie intense. Les mères savaient la mort à l’œuvre dès le premier souffle de leur enfant, comme accrochée à leur chair délicate. 

 

Les croisades sont des saignées qui rééquilibrent les humeurs du pays. Qu’elles emportent au loin les jeunes cavaliers, les cadets sans terres et sans femmes, dont les tournois ne parviennent pas à calmer les ardeurs, qu'elles éloignent tous ceux qui sèment le trouble dans le comté  et  n'y respectent pas la Paix de Dieu! Qu'elles le vident de ce sang jeune et impétueux qui n'y trouve pas sa place, du pus que sont les fous du Christ incapables de dégorger leur violence de la morve des désœuvrés et non des seigneurs vieillissants qui maintiennent l'ordre en leurs fiefs ou leur alleu et sont garants de quiétude 

 

Marie étant restée vierge après la naissance du Christ, corps intact, sans fissure, "vulve et utérus fermés". Ces hommes, si éloignés des secrets de l'accouchement, se passionnaient pour les entrailles de la mère de Dieu.

 

Nous étions au début du printemps, en cette période de l'année où  une heure de jour valait une heure de nuit. Les heures en mon siècle étaient des divisions aux durées  élastiques. Les jours comme les nuits en comptaient toujours douze en décembre comme en juin. La durée d'une heure de jour était donc trois fois plus longue au début de juillet qu'aux alentours de Noël.

 


Comment pouvait-on-me mutiler ainsi? J'avais choisi de me clôturer, non de me taire. Cette fois, la recluse volontaire se changeait bel et bien en prisonnière et je n'étais plus seulement la captive de quinze ans qui, n'imaginant son bonheur qu'en Dieu , avait fait ériger cette chapelle , de cette naïve damoiselle des Murmures persuadée de gagner la béatitude et la liberté en s'emmurant vivante , d'une innocente qui ne savait rien encore du monde et ignorait à quel point un être peut changer


Pourtant , mon esprit ne pouvait se résoudre à renier Dieu, nous vivions en un temps où  Il animait chaque créature ou Il vibrait dans la moindre brindille , nous agissions sous Son œil. Je ne pouvais douter que des hommes, de ma foi et de moi-même, pas de Son existence.

 

On en parle …

Moi Clara et les mots

 

et écoutez Carole Martinez

 


 

 

 

 

 

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Published by Luocine - dans Mes préférences
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commentaires

Géraldine 26/01/2012 00:14

Un coup de coeur comme pour moi, qui ai eu la chance d'écouter Carole Martinez lors de 3 conférences différentes !!!!
Le dimanche 4 mars, au festival de la rue des livres à rennes, les blogueurs bretons se retrouvent. Veux tu te joindre à nous ?

Luocine 26/01/2012 11:13



merci Géraldine, je mets cette date dans mon agenda


et je susi d'accord avec toi, Carole Martinez a beaucoup de talents


Luocine



Lilali 25/01/2012 10:53

Bien aimé, mais beaucoup moins que Le Coeur cousu avec son côté littérature sud-américaine mêlant magiquement réalisme et conte poétique

Luocine 25/01/2012 11:22



j'ai préféré coeur cousu , mais j'ai retrouvé avec plaisir le style de cette auteure


Luocine



Lsj 22/01/2012 21:15

Coucou, ma Luocine ! tu m'avais déjà donné l'eau à la bouche de vive voix, pour de multiples raisons :) quand tu m'avais parlé de ce livre, et là encore, vraiment, je suis impatiente de l'avoir
entre les mains... Merci Luocine ! Et à bientôt. LSJ

Luocine 23/01/2012 16:10



bien sur à bientôt, si tu rencontrais cette auteure tu auars une amie de plus c'est certain


elle a le don de "vie"


Luocine



Mélusine 20/01/2012 07:31

J'ai été pour ma part moyennement étonnée, je suis très mitigée sur cette lecture ...

Luocine 20/01/2012 10:03



j'ai beaucoup aimé , tu ne dis pas pourquoi tu es réservée.


mais je reconnais que je suis très sensible aux contes, et pour moi cette auteure est avant tout une conteuse


Luocine



krol 17/01/2012 18:11

Ca fait plaisir de te lire à nouveau. Et pour dire le plus grand bien de ce roman que j'ai tant aimé ! Merci Luocine. Amicalement.

Luocine 17/01/2012 19:54



j'ai été très absente je reviens merci Kroll pour ce gentil message , j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman


 



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