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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 15:37

 

 

Je suis ravie de retrouver mon blog avec ce roman qui m'a beaucoup plu.
Il a été couronné par le Goncourt des lycéens, ce prix lui va très bien: je connais, en effet, peu d'adolescents insensibles à la détermination d'Antigone.

Cette jeune femme qui reste inflexible à propos de la dignité des morts, est bouleversante , elle est le petit grain de sable qui empêche la tyrannie d'être satisfaite d'elle même.

Quelle idée merveilleuse (hélas, une idée de roman!) de vouloir monter la pièce de Jean Anouilh dans le Liban en guerre!.

L'auteur qui est journaliste,a couvert les guerres de son époque et il sait rendre compte de l'horreur des morts dans les pays où l'humanité disparaît au profit de la force armée et souvent barbare.

Il m'avait déjà convaincu en écrivant à propos de l'Irlande , «Retour à Killybegs»

Les premières pages du «quatrième mur» décrivent un tir de char, elles sont d'un réalisme incroyable , j'ai senti la mort beaucoup plus précisément que dans n'importe quelle image de film.

 

Le narrateur reprend le projet de son ami Samuel qui est juif et qui se meurt d'un cancer , il essaie de monter Antigone avec de jeunes acteurs venant des différentes composantes religieuses libanaises .

Présent lors des massacres de Sabra et Chatila, son projet théâtral est noyé dans le sang et sa raison vacille face à tant d'horreurs.
De retour en France , même l'amour de sa petite fille ne pourra le ramener aux joies simples de la vie.

Plusieurs centres d’intérêts peuvent vous conduire à vous intéresser à ce grand roman:

  • le parcours d'un gauchiste de 68

  • la difficulté d'être juif , orphelin de parents morts en déportation.

  • la guerre du Liban

  • La difficulté de se situer au-delà des haines religieuses

  • la force d'un texte théâtral

  • mais surtout les horreurs des guerres civiles et les difficultés pour les témoins de croire de nouveau à la vie.

Un livre qui fait réfléchir et qui fait écouter autrement les informations internationales , celles qui viennent de pays où les hommes se tuent sans respecter la moindre humanité pour des raisons qui semblent si futiles lorsque les années passent .

 

Citations:

 

Une phrase sur l'amitié qui m'a fait réfléchir:

La vie s'était chargée de nous disperser. Sam m'avait donné son adresse à Beyrouth, son numéro de téléphone aussi, mais je ne l'avais jamais appelé. Il existait. Pour moi, c'était suffisant. Je pensais que notre amitié se nourrissait de distance et je m'étais trompé. J'avais perdu trois ans de lui.

 

Antigone revisitée:

  • Je n'ai pas lu votre pièce mais Nabil , mon aîné l'a fait pour moi. Il m'a dit , au contraire, qu'elle était exempte de médisance. Qu'elle ne représentait ni le Prophète -prière et salut de Dieu sur lui- ni ses messagers. Qu'elle ne manquait pas de respect à ses grands compagnons. Et aussi qu'elle n'insultait pas l'islam. Qu'elle ne cachait ni nudité , ni insulte, ni autre souillure..
    - Mes fils m'ont dit que leur rôle de gardes serait d'entourer leur chef, de le protéger comme un père et de faire respecter son autorité. Ils m'ont expliqué qu'une jeune femme le défiait. Qu'à travers lui, elle narguait la loi divine et que ce calife bien guidé mettait un terme à cette arrogance.

 

 

La tragédie :

-Et moi, j'aime la leçon de tragédie que donne cette pièce, cette distance prise avec la banalité du drame. Souvenez-vous de ce que le Choeur nous apprend de la tragédie. Il dit que la tragédie, c'est propre, c'est reposant,c'est commode. Dans le drame, avec ces innocents , ces traites, ces vengeurs, cela devient compliqué de mourir. On se débat parce qu'on espère s'en sortir, c'est utilitaire, c'est ignoble . Et si l'on s'en sort pas, c'est presque un accident. Tandis c ela tragédie, c'est gratuit. C'est sans espoir. Ce sale espoir qui gâche tout . Enfin il n'y a plus rien à tenter . C'est pour les rois la tragédie.

 

On en parle:

 

Dans le blog de Krol

(Je lui avais dit que je lirai ce livre et son avis a compté dans ma détermination.)

 

et tous les 54, plus un (le mien!), avis de Babelio

 

 

 

 

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Published by Luocine - dans Mes préférences
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commentaires

Fransoaz 05/12/2013 18:08

Ce livre m'a bouleversé dès le début, dès l'annonce du projet, de la maladie... il y a des images très fortes indélébiles qui ont empiété sur les lectures suivantes. Un coup de cœur que je ne suis pas certaine de réussir à transformer en billet.

luocine 07/12/2013 17:00

je comprends , oui certaines descriptions marquent au fer rouge notre mémoire
Puisse notre pays ne jamais connaître de guerre civile.
Luocine

Brize 02/12/2013 15:50

Non, le gauchiste des années 68 ne m'a pas agacée, je n'en ai d'ailleurs pas fait mention dans mon commentaire. Au contraire, je l'ai plutôt trouvé bien vu.

Brize 28/11/2013 22:38

Je l'avais réservé en bibliothèque et il est arrivé au mauvais moment, juste après ma lecture de "Kinderzimmer", si bien que je n'étais plus réceptive à la lecture d'un livre portant sur les horreurs de la guerre. Je l'ai laissé en cours de route et l'ai achevé en le survolant. Pas sûr que j'y revienne. Mais je garde une empreinte forte de "Retour à Killybegs".

luocine 29/11/2013 09:12

Et si comme Dominique tu t'es laissé agacé par le gauchiste des années 68, tu rates un peu le roman.
Moi qui les connais bien les "ex" de 68 j'ai été contente de les voir décrits de cette façon
Luocine

Eve-Yeshe 27/11/2013 16:15

très belle critique je suis en train de le lire et il me passionne. du coup je lis en même temps la pièce d'Anouilh...
les lycéen ont très bon goût. et je note dans ma PAL retour à Killybegs

luocine 27/11/2013 21:13

la pièce d'Annouilh est un chef d’œuvre , et ce roman est une dénonciation de la guerre civile de très haut niveau.
luocine

Dominique 27/11/2013 09:33

je l'ai lu il y a peu et je n'ai pas fait de billet car je suis très partagée, j'ai aimé tout une partie du livre mais la figure du héros soixante huitard attardé, gauchiste à la dérive m'a vraiment indisposé et agacé
par contre j'ai été sensible à la description d'une ville en perdition, aux personnages déboussolés, à cette violence dont on se demande comment en venir à bout

luocine 27/11/2013 21:12

et voilà pourquoi je n'ai pas mis 5 coquillages ! j'ai beaucoup hésité à parler du personnage central , oui il est agaçant mais tellement bien rendu.
Je les connais ils sont comme ça. Finalement , l'auteur a très bien rendu compte des personnages de cette génération. Il a joué à la guerre en 68 , et n'a pas entendu Samuel lui dire que les CRS n'étaient pas des SS, et lorsqu'il est confronté à la guerre pour de vrai, il part en dépression et ne retrouve pas le sens de la vie.
Il n'est pas passionnant son personnage mais il est criant de vérité.
L'important c'est la guerre et les haines religieuses.
Moi j'aimerais bien lire ton commentaire.
Luocine

krol 27/11/2013 08:47

Ah ! Je suis ravie qu'il t'ait plu !!! C'est un roman poignant, saisissant, un gros coup de coeur pour moi. J'aime beaucoup l'écriture de Sorj Chalandon, tout en finesse.

luocine 27/11/2013 21:06

son écriture est très journalistique mais cela convient bien à ce roman
Luocine

clara 27/11/2013 06:23

un très beau livre, très fort !

luocine 27/11/2013 21:05

oui, un de ceux qu'on n'oublie pas
Luocine

Géraldine 26/11/2013 20:09

C'est terrible comme ce livre m'a remuée, à tel point que j'ai été incapable de le "dévorer". J'ai mis pas mal de temps à le lire, et je l'ai toujours pas "digéré"...

luocine 27/11/2013 21:04

je trouve que la description de la charge haineuse des guerres civiles en particulier religieuse est particulièrement bien rendu.
moi aussi j'ai été sonnée par ce roman
Luocine

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